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TOPIC: Pythagore & les Pythagoriciens

Pythagore & les Pythagoriciens 7 years 3 months ago #1883

  • Alnitak
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Bonjour à tous,

J'ai eu l'occasion, dans un autre lieu, d'évoquer une relation possible si ce n'est probable, entre la Rose-Croix et le Pythagorisme.
Dans cette philosophie extraordinaire, un certain nombre de thèmes rejoignent, ou plutôt précèdent ceux de la philosophie rosicrucienne.
L'immortalité de l'âme, sa transmigration de corps en corps, le pouvoir de la musique et bien d'autres choses.
Une autre "croyance partagée" concerne l'intervalle entre incarnations qui serait, selon Pythagore, de 216 ans (6 au cube). (ou 2 X 108)
N'est-ce pas là les cycles de sommeil et de résurgence de la R-C ?
Je vous propose un article, très long, mais vous y êtes habitués maintenant ;) , écrit par notre désormais ami Jean Mallinger et extrait de la revue Inconnues n° 10.
Cela nous permettra de continuer notre parcours à travers la revue INCONNUES de P. Genillard et E. Bertholet.
Cet article, comme les autres, recèle quelques perles et quelques étonnement : on y trouvera mention de "Fratelli Obscuri" ou de "Club de Fumeurs"...
Je vous laisse le plaisir de la découverte.

Bonne lecture,
Fraternellement,
Guy

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LES GRANDS ORDRES INITIATIQUES

Histoire secrète de l'Ordre des Pythagoriciens

LA personnalité du vieux Maître de Samos, Pythagore(1), est si fascinante, que tout au long des 26 siècles qui nous séparent de lui, les esprits les plus éminents, divers par la langue comme par la culture, se sont réclamés de son patronage.

Au portail royal de la cathédrale de Chartres, le Maître-fait-de-pierre est assis ; depuis 1150, il est là, drapé dans son manteau royal, et penché, le stylet à la main, sur la tablette antique, où il inscrit son théorème. Père des sciences mathématiques, il est l'image vivante de la pensée pure.

Le voici encore, dans le chœur de la cathédrale d'Ulm-en-Bavière. Syrlin-le-Vieux l'y a sculpté, depuis 1468, dans le bois. On l'y voit grave et pensif, tenant à la main le violon, dont il est le créateur. Un texte, gravé sous son buste, l'appelle à juste titre : « Inventor Musicae », l'inventeur de la musique car n'est-ce pas lui qui découvrit le premier les secrets de l'harmonie, la nature du son et fixa les intervalles de la gamme ? Un Pentalpha – étoile à 5 branches – symbole exotérique de l'Ordre, est délicatement ouvragé sur la caisse sonore et s'emble tourner vers la droite comme le svastika traditionnel.

Entrons dans la chapelle des Espagnols, en l'église de Sainte-Marie-Nouvelle à Florence. Voici le vieux Maître encore. Taddeo Gaddi l'y a peint en 1360 ; Pythagore est assis ; il tient en mains un « livre fermé » car toute sa doctrine est secrète ; elle n'est pas accessible aux profanes ou aux indignes. L'Ordre qui la transmet, est une aristocratie ; son enseignement, un sommet spirituel. Au-dessus du Maître-Initiateur plane une Muse aimable ; elle lève le coude pour figurer par le contour de ses doigts la mystérieuse lettre Upsilon – la lettre Y – qui représente les deux chemins de l'Hadès. Car le Sage de Samos est bien plus qu'un inventeur, en ce monde. Il a résidé 22 années en Egypte – ce pôle initiatique de l'Univers – ; il en a rapporté les secrets ineffables ; il est en plus du savant, l'Illuminateur des hommes, le porteur d'un éternel message. Et pour souligner encore de façon éclatante tout ce qui le sépare du judéo-christianisme, le peintre toscan a placé à côté de lui le sophiste chrétien dont la doctrine est le contre-pied de la sienne, l'évêque d'Hippone, Augustin. Ce dernier tient en mains un « livre ouvert » car l'Eglise qu'il prêche s'adresse uniquement à la masse ; ses Mystères ont été livrés au vulgaire ; derrière lui, sévère et implacable, l'ange exterminateur bande déjà son arc pour transpercer les impies.

Tel est le curieux privilège de Pythagore. Le père du Nombre d'Or et de l'harmonie des sphères appelle à lui toutes les élites.

Toutes sont venues puiser à sa science universelle.

Et pourtant... que n'a-t-on dit ou écrit pour étouffer son Ecole ? Le démagogue Cylon n'a-t-il pas en 504 avant l'ère présente entraîné une tourbe d'assassins et d'incendiaires à l'assaut du Temple de Crotone ? Les meilleurs disciples n'ont-ils pas péri dans cet affreux massacre ?

Sachons cependant que cette révolution d'un jour ne put exterminer le Pythagorisme.

Le Maître trouva refuge à Métaponte ; il illustra cette cité, un certain temps, puisque dans sa jeunesse, Cicéron, fit en ces lieux un pieux pèlerinage. On lui montra la demeure du Maître, sa chaire de didascale, son tombeau.(2)

D'autre part, son Ordre existait ailleurs qu'à Crotone ; de son vivant déjà, de nombreuses communautés pythagoriciennes entouraient tout le bassin de la Méditerranée ; Zaleucus avait introduit le Pythagorisme à Locres ; Charondas à Catane ; Ocellos en Lucanie ; Diogène Laërce nous assure que Timée en son 9e livre, fait du célèbre Empédocle d'Agrigente un disciple direct du vieux Maître. Et le disciple préféré de celui-ci, Lysis, put, après avoir échappé au fer des meurtriers de Crotone, passer la mer et propager l'Ordre en Grèce : à Thèbes où il se fixa. Il y forma Epaminondas, Echécrate, Simmias et Cébès. Philolaos créa une section à Phlionte, avec comme chef Eurytos ; puis il se fixa à Tarente, où il initia le célèbre Archytas, le professeur de Platon.

L'Ordre se continuait ainsi directement, par la chaîne apostolique des initiés, de Maître à disciple.

Jamblique nous a d'ailleurs donné la liste des chefs successifs de la Confrérie(3) : ce sont, après son Illustre Fondateur et Père : Aristaeos, fils de Damophon ; Mnésarque, fils de Pythagore ; Bulagoras ; Tydas de Crotone ; Arésas de Lucanie ; Diodore d'Aspendie, Philolaos, Eurytos et Archytas.

Jamblique nous a donné aussi la liste des cités où s'étaient établies des communautés pythagoriciennes régulières(4) ; nous y relevons Cadix, Carthage, Cyzique et même Gérasa, près de la Mer Morte.

Cette diffusion n'est possible que parce que le Pythagorisme s'est toujours organisé sur ce que l'on a appelé par après : l'initiation libre. Dès qu'un Maître a reçu régulièrement son Pouvoir et la révélation complète de la Doctrine traditionnelle, il peut, en tout lieu, transmettre à son tour le flambeau sacré, en secret, à des mains plus jeunes, à des enfants spirituels, parfois même à un seul élève.

Il est certes, historiquement exact que les secrets pythagoriciens se sont fidèlement passés, d'âge en âge, par la voie orale : de bouche à oreille car telle était l'exigeante, l'impérieuse discipline traditionnelle.

Certains textes s'apprenaient par cœur. Le poème initiatique que constituent les célèbres VERS d'OR du Maître se récitait à chaque séance d'études. On ne le mit par écrit qu'à une période tardive.

Mais il est non moins exact que l'abondance des matières enseignées dépassait les possibilités d'une mémoire exercée ; les didascales de l'Ordre se servaient de schémas, de syllabi et de notes. C'est ainsi qu'au moment des diverses persécutions qui affligèrent les initiés en Grande-Grèce nous voyons les instructeurs réunir avec soin tout leur matériel didactique et le mettre en sécurité, sous plis cachetés, dans leurs familles, avec la défense la plus expresse de les remettre à des profanes.(5)

Ce « CORPUS PYTHAGORICUM », qui date en grande partie du Maître lui-même et de ses premiers collaborateurs, explique, par sa survivance, les curieux extraits qu'en ont publiés successivement Aristoxène et Timée, qui purent avoir accès aux archives primitives de l'Ordre.

Il explique aussi les sanctions diverses qui furent prises par les chefs de l'Ordre contre certains Didascales trop expansifs, coupables d'avoir dans leurs leçons publiques à des postulants, divulgué certains secrets, conservés dans les documents de l'Ordre. C'est le cas d'Hippase, exclu de l'Ordre pour en avoir révélé certaines doctrines(6) ; c'est celui d'Hipparque, excommunié à son tour pour des motifs semblables, après que Lysis l'eut vainement invité, dans une lettre célèbre, à respecter à l'avenir le secret traditionnel(7) ; c'est enfin, suivant divers auteurs, l'aventure du bouillant Empédocle d'Agrigente, qui, emporté par son incontestable génie lyrique, commit en ses vers de graves indiscrétions sur le sort des âmes après la mort physique(8). Coïncidence étrange, l'histoire les fait périr tous les trois de mort violente, les deux premiers dans un naufrage, le troisième dans un volcan.

Ces mesures sévères furent largement commentées ; aussi voyons-nous les initiés ultérieurs se montrer beaucoup plus réservés en leurs écrits ; ils parleront par allégories ; certaines Vérités ésotériques ne seront enseignées que sous la forme prudente de mythes et de symboles. Platon attribuera à Er, fils d'Arménios, l'aventure du voyage posthume et Plutarque de Chéronée racontera comme une histoire extraordinaire les pérégrinations de Thespésios de Soles au pays des morts.(9)

Notons d'autre part qu'à la suite des décès successifs de nombreux didascales du Pythagorisme en des cités très éloignées les unes des autres, divers traités d'instructions pythagoriciennes sont tombés à leur tour dans le domaine public.

Ces événements permirent au précieux compilateur qu'était Jean de Stobi (Stobaeus) qui vivait en Macédoine en 450 de l'ère présente, de retrouver et de publier de nombreux fragments pythagoriciens, dont certains revêtent un très grand Intérêt. Les plus vieux auteurs de l'Ordre y sont représentés, notamment Aristaeus, Arésas, Ocellus, Philolaos et Archytas. Le fin lettré qu'était le roi Juba II de Maurétanie se vantait d'avoir réuni en sa bibliothèque africaine tous les enseignements de Pythagore(10). Seuls les spécialistes peuvent assurer à ces divers fragments une date plus ou moins sûre et reconstituer au moyen des morceaux de ce puzzle doctrinal un «CORPUS PYTHAGORICUM» concordant et harmonieux. Car seule de toutes les doctrines antiques, celle du Maître de Samos est invariable et intangible. L' « Autos epha » (le Maître l'a dit), en assure l'inflexible fixité.
Les siècles se succèdent et le Pythagorisme continue paisiblement l'instruction secrète d'un nombre choisi de disciples. Il ne s'adresse qu’a une élite ; il passe ainsi souvent inaperçu.

Tour à tour, les promotions d'instructeurs se suivent et se ressemblent. Au Vieux-Pythagorisme succède le Moyen-Pythagorisme ; on y voit le divin PLATON donner au dogme essentiel de l'Ordre, celui de la Réincarnation, l'admirable appui de son incomparable talent(11).

C'est alors que le monde romain commence à se pencher sur les problèmes spirituels. L'initiation hellénique conquiert insensiblement les personnalités de la République. En 312 déjà, le censeur Appius Claudius se fait recevoir dans l'Ordre(12) ; en 298, le Sénat de Rome édifie sur le Forum une statue de bronze, représentant le Maître de Samos, avec la légende : Sapientissimo Graecorum, au plus sage des Grecs(13). En 209, Caton le Censeur est initié par le grec Néarque (14) ; mais les profanes veillent et une première réaction contre l'invasion des idées religieuses helléniques se fait jour à Rome : en 181, le Sénat fait brûler des livres attribués à Numa et à Pythagore ; ils étaient rédigés en grec et en vers hexamètres(15) ; par après, le préteur Cornelius Hispalus fait, en 139, expulser d'Italie les divers didascales grecs établis à Rome, que l'on appelait « mathematici »(16). Mais le siècle suivant voit le triomphe du Pythagorisme à Rome : les hommes les plus érudits et les plus éminents de la République en propagent systématiquement les enseignements ; Posidonius d'Apamée initie le sénateur Nigidius Figulus ; celui-ci établit un temple pythagoricien à Rome et y reçoit les plus beaux esprits de son temps. Cette période est fertile en conversions retentissantes au Pythagorisme. Le consul Varron, s'y fait instruire et, à son décès, est enterré suivant les rites particuliers de l'Ordre(17) ; deviennent Pythagoriciens les amis d'Octave que sont : son précepteur Didymus Aréus, le poète Virgile ; le professeur Quintus Sextius, dont le disciple Sotion continuera la tâche, et initiera à son tour Sénèque. Ovide entre dans l'Ordre et célèbre la doctrine du Maître dans le XVe Livre des « Métamorphoses » ; puis, dès le début de l'Empire, on voit l'Ordre rayonner en toutes les contrées : Euxène d'Héraclée initie Apollonius de Tyane. Plutarque, Modératus de Gadara, Stace, Philostrate, Apulée, Secundus d'Athènes, Nouménios d'Apamée, Nicomaque de Gérasa, Aelius Aristide se font recevoir aux Mystères antiques et collaborent à la diffusion de la Tradition égypto-grecque(18). En 250 de l'ère présente, Etruscilla femme de l'empereur Dèce fait frapper à Samos un bronze mémorable, représentant le Maître de Samos, assis, sur son siège de didascale.

Le Néo-Pythagorisme alexandrin participe à son tour à la diffusion des doctrines pythagoriciennes. PLOTIN, PORPHYRE et JAMBLIQUE conquièrent l'élite du paganisme.

Mais les temps ont changé ; une secte nouvelle menace les sagesses traditionnelles. Un culte nouveau vient de Palestine ; il a l'ardeur et la combativité des Sémites. Il vise à l'universalité. Il est dogmatique et implacable. Ayant lié son destin à celui de l'Empire, il en noyaute insensiblement les rouages administratifs. Constantin d'abord, Théodose ensuite lui prêtent le concours de leur puissance souveraine. Les rites antiques sont abolis, les Temples fermés, les initiés dispersés. La courte réaction de Julien initié par Maxime aux anciens Mystères, est rapidement anéantie. A Alexandrie, Théophile fait démolir le Sérapéum et l'évêque Cyrille fait assassiner par la populace déchaînée la douce et pieuse vierge pythagoricienne Hypatie.

Les derniers initiés : Plutarque d'Athènes, Syrianus et Proclus maintiennent le flambeau précieux des Vérités antiques étonnamment allumé. Mais en 529, Justinien ferme l'Ecole d'Athènes, confisque tous ses biens et les didascales persécutés doivent demander asile à Chosroës Nushirvan, en Perse, d'où ils partiront peu après pour Thessalonique.(19)

Le voyageur qui pénètre, au Vatican, dans la « Chambre de la Signature », construite par ordre du pape Jules II et décorée par Raphaël Santi de 1508 à 1511, reçoit, en un choc, la révélation de l'Ecole d'Athènes.

Cette fresque immortelle lui apporte soudain, par le langage non équivoque des gestes et des signes, par le choix judicieux et profond des symboles, par la disposition secrète des personnages, la révélation éclatante de la survivance du Pythagorisme dans l'Italie chrétienne.

Toute l'œuvre brûle d'un feu caché, que les initiés détectent avec une chaleur intérieure. Au centre du tableau, le divin Platon montre le Ciel de la main droite, tendue ; n'est-il pas la clé de toutes choses ? de lui descendent les Idées éternelles ; tous doivent un jour réintégrer le séjour des Immortels. Dans la main gauche, il tient le Timée, guide sûr de la sagesse mathématique. C'est le vieux maître de Raphaël, le pythagoricien Fabius Calvo, de Ravennes, qui a prêté à Platon son noble visage d’Initiateur et de didascale. Quant au Maître de Samos, il remplit toute l'assemblée des sages de sa présence illuminante ; sur le côté d'Apollon, il est assis, inscrivant avec soin son théorème dans un cahier de notes ; son Ecole l'entoure : on y reconnaît, sans souci historique de la chronologie, les grands instructeurs de la Confrérie : son secrétaire Lysis, en robe blanche ; Philolaos, de Crotone, tenant le livre aux 4 sceaux, et dont le pied se pose sur la pierre cubique, parfaitement taillée dans le marbre. Devant lui, Empédocle, accoudé à sa table, écoute en lui les voix d'En-Haut et rédige ses « Purifications ». Et cet Oriental qui se penche sur l'épaule de Pythagore, n'est-ce pas Nicomaque de Gérasa le grand spécialiste des Nombres ? Derrière lui, on présente à un prêtre antique, portant la couronne liturgique, un enfant nouveau-né, parfait symbole du néophyte, qui, pour recevoir la qualité initiatique, doit dépouiller le vieil homme et renaître à une existence nouvelle, d'où toute ténèbre profane est absente. Raphaël insiste d'ailleurs sur ce repère essentiel de sa composition ; quatre marches plus haut que ce rite de renaissance, on voit le profane, ni nu ni vêtu, poussé en avant par ses parrains d'obligation ; il tient en mains le parchemin roulé, où il a inscrit sa demande et son pédigrée ; c'est vers Socrate qu'on l'avance. N'est-il pas, pour l'humanité, le symbole de l'illuminateur de la jeunesse ?

Sans doute, il est d'autres savant que le peintre nous rassemble ; Archimède, Zoroastre, Ptolémée, rangés sous l'égide d'Athéna nous apportent un brillant aspect de la science traditionnelle ; mais n'omettons pas de voir, dans un coin modeste, Raphaël lui-même, se tenir debout, avec le Sodoma ; le manteau blanc des initiés est ici un signal et une réponse.

Divers indices plus précis encore nous donnent leur message voilé. Devant le Maître de Samos voici la Sainte Tétraktys, ineffable symbole de la Réalité Divine agissant sur le monde sensible en une symphonie numérique. La place qu'elle occupe transforme en Upsilon Mystique – autre secret de l'Ordre – le dessin des rapports harmoniques de la gamme, qui la surmonte. Il faut savoir regarder et comprendre, comme il faut lire le jeu des mains de certains personnages : à chaque grade, son secret.

Tout le décor est d'ailleurs pénétré des allégories traditionnelles : les deux colonnes dans le Ciel ; la dualité Apollon-Athéna nous rappellent le Binaire ; les quatre marches et les quatre voûtes nous disent les quatre degrés d'enseignement de l'Ordre ; le Carré dix fois représenté au bas des marches ; la frise formant un svastika vibrant, tout nous parle, nous enseigne, nous ravit.

Ce coup de clairon dans ce que l'on appelle à tort l'obscurantisme médiéval ne doit pas nous surprendre. Les archives de certains Ordres pythagoriciens nous révèlent que l'Ordre souterrain répandu en toutes les cités chrétiennes, alimente en permanence une cohorte toujours enthousiaste de fidèles. Ce sont ceux qu'un terme prudent a appelés les « Fratelli Obscuri » car ils ne se montrent pas au grand jour.

Ils sont, aux yeux du monde, des peintres, comme Vinci, Taddeo Gaddi, Raphaël ; des troubadours, allant de ville en ville, comme Arnauld Daniel ; des poètes célèbres, comme Dante ; des chanoines lettrés, comme Marsile Ficin, voire même des cardinaux comme Bembo ; des érudits, comme Bessarion ou Lascaris ; des moines comme Campanella.

Byzance a en effet profité du Concile de Florence pour inonder l'Italie de messagers ; ils sont professeurs de grec ; porteurs de manuscrits précieux ; commentateurs du Néo-Pythagorisme. Une Académie Platonicienne est ouverte à Florence à la Villa Careggi ; Pomponius Laetus en installe une à Rome dès 1450.

Partout, la tradition du plus éminent Paganisme triomphe et embrase les âmes ; le 28 janvier 1500, le professeur Lelio Cosmico de Ferrare rassemble à son chevet ses disciples fidèles. Avant de mourir, il leur donne le Baiser de Paix et il leur dit : « Mes bien-aimés, je vous donne rendez-vous auprès de nos bienheureux Pères Pythagore et Platon » et il quitte ce monde en les bénissant.

S'ils écrivent, ils joignent la prudence à l'allégorie. Parfois, cependant, ils manquent à la fois de l'une et de l'autre. C'est par exemple le cas de Dante lorsqu'il s'écrie : « Le fidèle d'amour est brusquement saisi d'un tremblement admirable qui commence du côté gauche de sa poitrine. » « Je dis que la dame que j'ai chantée, c'est la Philosophie ». « Pythagore lui a donné ce nom. » « Par elle, on acquiert la contemplation de la Vérité. » « Tout est commun entre amis, a dit Pythagore ; il faut aimer les sectateurs de la Vérité et détester ceux qui ont opté pour l'erreur et pour le mensonge. » « Voici un secret pythagorique que je ne puis ni veuille dire : « T. H. A. 7. U. » » – « Souvent me vient à l'esprit la « Qualité obscure » que donne l'Amour... » « L'Amour m'apparut vêtu d'un Manteau éclatant de blancheur... etc. » Ceux qui savent comprendront sans aucun effort sa communication(20).

Mais ce réveil exceptionnel de l'humanisme, qui devait se traduire à la fois par d'éclatantes lumières intellectuelles et une inestimable floraison de chefs-d’œuvre de l'art, jusque dans les chambres les plus fermées du Vatican, devait plus d'une fois se heurter à l'incompréhension des sectaires. Plus d'un Pythagoricien l'a payé de sa vie. Il y eut des persécutions à Florence ; Savonarole est le symbole de la réaction judéo-chrétienne ; le Saint-Office, stimulé par le Cardinal Pamphile, traque partout les initiés ; Fabius Calvo est tué à Rome en 1527 ; Giordano Bruno est brûlé vif le 17 février 1600 ; malgré sa qualité sacerdotale, Campanella est jeté aux fers ; il restera 27 ans en prison et sera souvent livré à la torture ; tout cela pour le punir d'avoir divulgué certaines Vérités du plus rayonnant paganisme. A Paris, Pierre La Ramée est assassiné le 26/8/1572 ; à Cologne, au début de ce siècle, Reuchelin était mis en accusation par les dominicains, ces « chiens du Seigneurs » (Domini canes), comme ils le rappellent eux-mêmes avec complaisance ; mais la matière aveugle ne peut étouffer les esprits ; ils font jaillir en permanence leurs fulgurantes étincelles. En 1698, on arrête encore à Rome un Initié, coupable d'avoir enseigné la réalité de la métempsychose. Au siècle suivant, même intolérance : le 26 mai 1761, un journal de Leipzig annonce l'arrestation à Cologne de deux Pythagoriciens, sous l'inculpation de « divulgations hérétiques ».

Les archives des Initiés d'Angleterre nous apportent la date précise de l'émigration de la doctrine pythagoricienne vers les cités britanniques. C'est en effet en 1554 que le jeune Sir Thomas Bodley est reçu, à Forli, à l'initiation des « Fratelli Obscuri » ; et c'est en 1575 qu'il rentre en sa patrie et y installe les activités traditionnelles de l'Ordre. Il lègue 80.000 volumes à la bibliothèque d'Oxford ; il initie diverses personnalités qui continueront son œuvre. L'humanisme prend aussitôt un essor prodigieux et la forme universitaire du Néo-Pythagorisme, le « Nouveau-Platonisme » conquiert à la fois les esprits et les cœurs : Henri More, Théophile et Thomas Gale, R. Cudworth diffusent les textes les plus instructifs du « Corpus Pythagoricum » et les commentent. L'un des chefs de l'Ordre, Sir Walter Raleigh lance la mode du tabac – qu'il a rapporté d'Amérique – et c'est sous le titre profane « d'Amis du Tabac, Club de Fumeurs » ou simplement : « Tabacologiques », que les Pythagoriciens d'Angleterre se réunissent fréquemment, sans éveiller les soupçons d'une police royale, toujours en état d'alerte.

La France ne pouvait demeurer en arrière en semblable domaine. De même qu'elle avait reçu de Londres les premières chartes pour établir sur son territoire les premiers ateliers maçonniques, de même, c'est de Londres encore qu'elle reçoit les premiers rituels du Pythagorisme. Mais par un euphémisme national bien compréhensible, elle intitulera ses initiés : les Nicotiniates ou les Priseurs, pour montrer que le tabac lui fut donné par l'un des siens, Jean Nicot, et qu'elle ne le devait pas à l'Angleterre !

Soulignons cependant, pour être précis, qu'outre cette branche nicotiniate, dirigée par J. M. Ragon, il y eut en France une autre voie de pénétration initiatique : c'est le rite des Négociates ou Sublimes Maîtres de l'Anneau Lumineux, introduit à Douai en 1780 par le baron G. de Blaerfindy, mestre-de-camp écossais passé au service de la France. Le Rite Ecossais Philosophique absorba ce rite peu après(21).

Il n'est point malaisé de comprendre pourquoi le Pythagorisme n'a jamais cessé de conquérir une élite intellectuelle. D'une part, les progrès constants des sciences physiques confirment chaque jour la conception pythagoricienne d'un Univers harmonieux, dont la symphonie mathématique a Dieu Lui-même pour Centre Ineffable. Science et Religion se confondent en une même réalité cosmique. Les vieux mythes sont périmés et ne pouvaient satisfaire que des peuples encore en enfance.

D'autre part, la Grèce est, ne l'oublions pas, la vraie mère de notre culture, le berceau authentique de notre civilisation. En toute matière, ses penseurs et ses artistes, ses poètes et ses prêtres nous ont légué un patrimoine exceptionnel de Beauté pure et de Lumière immortelle. D'Homère à Platon, de Pythagore à Socrate, de Phidias à Praxitèle, elle nous a montré tous les sommets que peut atteindre le génie. Par elle et chez elle, le Nombre d'Or s'est fait chair ; son miracle nous enchante encore.

Le Pythagorisme est, par excellence, une fleur initiatique ; ses Mystères traditionnels, ses saintes Liturgies satisfont entièrement les âmes altérées de Vérité.

Mais de même que la vague de la mer s'avance et se retire, de même le flux mouvant de l'histoire nous apporte tour à tour des heures de soleil et des régimes de ténèbres. Qu'importe ? Pour un petit nombre d'Initiés, étrangers aux remous d'un monde matériel dont ils rejettent les impératifs barbares, il demeure une lampe au milieu de la nuit cosmique ; elle n'est point visible au dehors et les mauvais bergers qui mènent l'univers à sa perte, ne soupçonnent point son existence.

L'essentiel, pour celui qui veut savoir et comprendre, est de la percevoir un jour, au cours d'une aventure terrestre. Et comme il est mille vies pour chacun de nous, rien ne presse de la voir trop vite ; chaque nombre vibre à sa place ; chaque clarté vient à son heure.

Faisons confiance à notre Père Céleste ; Il ne peut nous vouloir du mal ; Il n'est pas l'affreuse caricature qu'ont faite de Lui certains livres que d'aucuns vénèrent encore ; Il est Unité, Lumière et Amour et que cela nous suffise !
Jean MALLINGER.
Avocat à la Cour d'Appel, Bruxelles.
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1 - NDR : Phérécyde de Syros (vers 600 av JC), oncle de Pythagore, aurait été le premier penseur grec à parler de l'immortalité de l'âme
2 - CIC. – De finibus, V, 2, 4.
3 - JAMBL. Vie Pyth. 265-266.
4 - JAMBL. – V. Pyth. 266-267.
5 - ID : V. Pyth. 252-253.
6 - JAMBLIQUE : V. Pyth. 88.
7 - Clément d'Alexandrie : Stromates, V. 9. JAMBL., V. Pyth. 75-78.
8 - DIOG. LAERCE – VIII 42 et 54.
9 - PLATON : Repub. livre 10 ; PLUTARQUE – Traité des délais de la Justice divine, ch. 22.
10 - cf. le scoliaste David d'Arménie, Commentaires sur les Catégories d'Aristote, p. 28, a, 1, 3.
11 - cf. la fin du 10e livre de la République.
12 - CIC. Tuscul. IV, I, 4.
13 - PLINE : Hist. Nat. XXXIV, 26.
14 - CIC. De Senectute: II, 38.
15 - TITE-LIVE : XL, 29.
16 - Valère-Maxime: I, 3, 3.
17 - PLINE : XXXV, 160.
18 - cf. CARCOPINO : La Basilique Pythagoricienne de la Porte Majeure, Chapitre II : Dogme et milieux historiques. P. MAURY – Le secret de Virgile dans l’architecture des Bucoliques, dans : Lettres d'Humanité, 1944, pages 71 à 447. SÉNÈQUE - Lettres 108, 17 ; 64, 2 ; etc.
19 - Damascius et Simplicius en sont les derniers didascales.
20 - Pour les lecteurs que l'affiliation de Dante aux fidèles du Paganisme pourrait intéresser, signalons qu'un auteur catholique, M. E. AROUX, a publié le siècle dernier (le 4.12.1853) un ouvrage où il accumule les preuves de la non-catholicité du grand écrivain médiéval. Ce travail : « Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste. Révélations d'un catholique sur le Moyen-âge » a été réédité à Paris, aux Editions Niclaus (1939). On y consultera notamment les pages 106, 107, 165, 166, 226, 322, 331, 430, etc.
Les érudits consulteront d'autre part les œuvres de M. Rossetti : le Mystère de l'Amour platonique au Moyen-âge 1842), et les spécialistes qui chercheront à retrouver le fil de la tradition manuscrite ininterrompue des écrits platoniciens au Moyen-âge, liront avec profit le travail très fouillé de M. Raymond Klibanski : « The continuity of the platonic tradition during the Middle Ages » paru aux éditions du Warburg Institute de Londres en 1939.
Ils liront aussi avec la Cité du Soleil, du dominicain Campanella, récemment traduite en français par Alexandre Zévaès : Paris, Librairie J. Vrin, 1950. Ils y démarqueront un nombre élevé de secrets strictement pythagoriciens.
21 - L'on trouvera dans la revue anglaise : Ars quatuor Coronatorum, N° XXVIII, – de 1915 – pages 168 à 188, une excellente étude sur les Fratelli Obscuri, leurs activités en Angleterre et la diffusion des divers rites pythagoriciens sur le continent par la voie tabacologique. Il est inutile de souligner que ces rites n'ont rien de commun avec la maçonnerie traditionnelle ; ni leurs rituels ni leurs symboles ni leurs enseignements n'ont le moindre rapport avec les usages judéo-chrétiens de la maçonnerie.
Simplicitas Veritatis sigillum
Last Edit: 7 years 3 months ago by Alnitak.
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Pythagore & les Pythagoriciens 7 years 3 months ago #1884

Bonjour Guy
Il y a une vingtaine d'années ,il y avait à l'AMORC , un rituel Pythagoriciens , je me souviens d'y avoir participé , et d'avoir marché pied nus sur le carrelage glacé. :blush:
Fraternellement.
François
Tout mystique,tout initié,à toujours été
un chevalier
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Pythagore & les Pythagoriciens 7 years 3 months ago #1885

  • witiza
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Bonjour Guy et à toutes et tous !

Merci de cette nouvelle publication qui comme à l’accoutumée s'avère un article passionnant tant culturellement que du point de vue de l'histoire traditionnelle.
Concernant le rituel Pythagoricien évoqué par notre ami Justificus, certains se souviendront peut-être que nos frères et sœurs présents au rassemblement international du Cénacle en mai 2004, purent participer à un tel rituel (ainsi Guy et Alain, entre autres).
Bientôt dix ans se seront passés depuis ce grand moment fraternel...

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The following user(s) said Thank You: Alain, Christian de saint François, Alnitak

Pythagore & les Pythagoriciens 7 years 3 months ago #1888

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Bonjour JeanNo et vous toutes et tous

heu !!!! on remet ça quand ? et où ??? :woohoo: :woohoo: :woohoo:

amitiés

Alain
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Fraternellement

Alaenus Eques a Lumen de Lumine

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