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En juillet 86, alors que les dirigeants limougeauds ont entrepris leur long travail de préparation de la " Convention 89 " qui nécessite en premier lieu un renforcement de la cohésion de la région et un dévouement accru des membres, Raymond BERNARD Légat suprême de l’AMORC démissionne de ses fonctions. Celui que tous les rosicruciens français voyaient déjà comme successeur de Ralph Maxwell LEWIS au poste d’Imperator abandonne sa mission. Ce renoncement est à l’évidence très mal vécu par les rosicruciens français. Les rumeurs les plus folles circulent sur son état de santé qui ne lui permettrait plus de diriger l’AMORC. Un an plus tard, en juillet 87, la couverture du magazine " Le Monde Inconnu " publié, avant la Convention de Paris, contribuera à alimenter les débats sur les raisons de son départ. On y voit un Raymond BERNARD vieillissant et très marqué; en réalité son changement sur le plan physique est surtout lié au fait qu’il a abandonné la moumoute qui dissimulait une calvitie déjà ancienne. Jean Pierre JULY, Grand Conseiller de la région Poitou-Charentes, qui entretient des relations amicales avec un conférencier de l’AMORC, avocat de l’organisation et ami de Raymond BERNARD, apprend que la démission de ce dernier ne serait en rien motivée par son état de santé mais plutôt consécutive à des désaccords profonds au sommet de l’AMORC. Déjà le doute s’installe et la confiance absolue des membres envers leurs dirigeants français se lézarde.
Heureusement il reste l’Imperator Ralph Maxwell LEWIS, fils du fondateur de l’AMORC, pour préserver l’intégrité du mouvement.
En janvier 87, la nouvelle que tous les rosicruciens redoutaient depuis quelques mois tombe : Ralph Maxwell LEWIS vient de mourir. Raymond BERNARD démissionnaire quelques mois plus tôt ne pourra lui succéder. Son fils, nommé à sa place au Bureau Suprême, paraît beaucoup trop inexpérimenté et ce d’autant que les compétences dont il a fait preuve au poste de Grand Maître, n’ont jamais soulevé l’enthousiasme, notamment chez les membres les plus anciens. C’est donc un inconnu pour la plupart des rosicruciens français qui est désigné comme Impérator par le bureau suprême : Gary L. STEWART. Beaucoup de théories ont été élaborées sur les raisons de cette désignation il semble bien en effet que Ralph M. LEWIS n’ait pas souhaité désigner son successeur, comme il aurait logiquement dû le faire, pourquoi ? Plusieurs hypothèses sont permises, et celle que le Président fondateur du SETI a émise dans la revue de l’AEIMR : le piégeage de Gary L. STEWART par la famille BERNARD, n’a jamais été démentie ( cf. : " Mouvements Religieux " n° 160 août 93). (2).
En janvier 88 une nouvelle déflagration secoue le petit monde du rosicrucianisme, Raymond BERNARD vient d’annoncer à grand renfort de publicité dans son magazine préféré " Le Monde Inconnu " la création du CIRCES officiellement le Cercle International de Recherches Culturelles Et Spirituelles. Dans les faits Raymond BERNARD vient de créer une dissidence de l’AMORC dont le sigle signifie pour les initiés Cercle Intérieur de la Rose Croix Esotérique et Secrète. C’est en tout cas ce que font savoir les proches de Raymond BERNARD au Grand Conseiller de la région Poitou Charentes qui occupe à cette époque là une position stratégique en tant que Président de la future Convention générale des pays de langue française de l’AMORC. C’est également au cours de cette période que les futurs fondateurs du SETI entendent parler pour la toute première fois de modification des enseignements mis au point par Harvey Spencer LEWIS ; ils ne tarderont pas à vérifier cette information divulguée par les proches de Raymond BERNARD .
La création du CIRCES provoque un trouble considérable au sein de la communauté rosicrucienne de l’AMORC. La plupart des membres français accueillent cette initiative avec enthousiasme (ils voulaient Raymond BERNARD comme Imperator, ils vont pouvoir surmonter leur déception) et ce d’autant plus que Gary L. STEWART est, dans un premier temps Président d’Honneur du mouvement, (cela ôte tout scrupule à ceux qui auraient pu en avoir). Il faut dire que plus l’enthousiasme est grand, plus il confine au fanatisme et moins il laisse de place à la réflexion ou à l’intégrité. Les dirigeants de Poitou Charentes n’échappent pas à l’engouement général et ils sont prêts à s’engager auprès de l’aîné des BERNARD notamment en raison des buts altruistes et de la vocation affichée du CIRCES " humanitaire et universelle ". Cependant avant de prendre une décision dans ce domaine et compte tenu de l’ambiguïté de la situation à l’époque, le Grand Conseiller propose aux Moniteurs Régionaux de solliciter l’avis du Grand maître Christian BERNARD auquel ils ont prêté serment d’allégeance en temps qu’Officiers de la Grande Loge. Interrogé par le Grand Conseiller, le fils BERNARD affiche clairement son opposition à la création du CIRCES, il le redira publiquement lors de la convention régionale d’Aix les Bains en mai 88. Le Grand Maître de la juridiction française de l’AMORC étant opposé à la création du CIRCES, Jean Pierre JULY considère qu’un Officier de la Grande Loge ne peut adhérer à ce mouvement tant qu’il demeure en fonction. C’est sa conception de la loyauté dans le service, et quel que soit son attachement pour la personnalité de Raymond BERNARD à cette époque, il n’adhère pas au CIRCES. Précisons que malgré les appels du pied des proches de ce dernier, il n’y adhèrera jamais. Il demande aux Moniteurs Régionaux de sa région de choisir entre leur fonction et le CIRCES. Il estime qu’en tant que membres de l’AMORC ils sont libres de leurs engagements mais pas en tant qu’Officiers, l’un d’eux choisira d’ailleurs le CIRCES et démissionnera de ses fonctions. Jacques DEVAUX et Jacques JULY maintiendront leur confiance au Grand Maître en renonçant aux sirènes du CIRCES. Afin de remplacer le démissionnaire Jean Louis BOURGEOIS viendra compléter l’équipe de responsables régionaux.
Quelles que soient les convictions et la ferveur des rosicruciens de cette époque, tous ces évènements commencent à peser lourd dans les esprits. Les interrogations sont de plus en plus nombreuses, Gary L. STEWART un moment Président d’Honneur du CIRCES retire son soutien au mouvement. Le père BERNARD et le fils (ou plutôt la bru) se querellent par voix de presse dans " le monde inconnu " qui décidément demeure indissociable de la saga amorquienne. Des proches de Raymond BERNARD confirment, à qui veut l’entendre, la modification des enseignements originaux de l’AMORC. Ils prétendent qu’un certain TOUSSAINT entré dans l’ordre au début des années 80 serait l’auteur des modifications profondes et de l’altération du message rosicrucien. Celui dont le nom est à cette époque complètement inconnu des membres de base, travaille à cette transformation lente et insidieuse de l’organisation. Il prépare dans l’ombre du Grand Maître et de sa femme son propre avènement.
Toutes ces péripéties peuvent paraître bien anodines au lecteur du XXIème siècle. Mais il faut comprendre quelle remise en cause intérieure ont vécue les membres de l’AMORC, durant cette période. Lorsqu’ils découvrirent qu’au sommet de cette pyramide d’idéaux que concrétisait, à leurs yeux, leur organisation une poignée d’hommes et de femmes se livraient une bataille sans merci pour le pouvoir et tous ses attributs. De nombreux rosicruciens sincères qui pensaient avoir trouvé, au sein de cette grande fraternité, un havre de paix à l’abri des turpitudes de ce monde, prenaient lentement conscience qu’il n’en était rien. Pourtant sans tomber dans la crédulité jobarde de l’adepte fanatique, nous étions tout de même en droit d’espérer que ce ne fut pas pis que dans le monde dit " profane ", et bien si.
Nous allions découvrir là beaucoup plus de vénalité, de mensonge, de manipulation et d’iniquité que le quotidien de l’actualité laïque n’en réserve.
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